il faut bien reconnaître qu'il existe un degré inférieur de torture qui ne tombe point sous le coup de la loi, ne vicie même pas la procédure et qui aide grandement l'officier de police dans son interrogatoire du criminel: n'est-ce pas une forme de torture que l'interrogatoire qui se prolonge des heures et des heures et où des policiers se relaient jusque dans la nuit pour profiter de l'épuisement intellectuel de leur adversaire finalement acculé au vertige mental dont procède l'aveu?
Torture licite pourtant car le code n'a nulle part fixé la durée des interrogatoires. C'est au criminel d'abréger lui-même sa torture morale en disant au plus tôt la vérité. Torture encore et même torture physique nullement prohibée, que d'avoir à demeurer assis sur une chaise un jour entier, puis une nuit et davantage encore: facteur d'aveu. Torture aussi et torture physique que la faim de l'interrogé que les circonstances empêchent de se satisfaire comme à l'accoutumée, son sommeil que nous lui refusons, son besoin de fumer que nous méconnaissons, toute torture licite, tout facteur d'aveu".
LECLERC (H). Un combat pour la justice, 1994