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  • Faites entrer l’Accusée - date de première diffusion 10.10.2010 — "Les 3 procès d’Edwige Alessandri"

Il en va des émissions comme des hommes qui les fabriquent : le succès leur monte à la tête ! Nous voulons dénoncer ici le caractère racoleur et peu fiable du sujet ci-dessus mentionné qui tient désormais plus du divertissement dans la veine de la télé réalité que du magazine d’information.

1. L’introduction donne le ton : " Malgré ses allures de bonne bourgeoise et de femme bien élevée " : taper sur le bourgeois donne des points dans l’Audimat, on poursuit " pour l’avoir abattu (son mari), et pour avoir maquillé son crime passionnel avec ses enfants ".

L’ombre du doute ne plane pas dans cette déclaration, le crime est déclaré passionnel - alors que nulle part cela n’est prouvé -, les enfants ont participé au meurtre - alors qu’ils n’ont jamais été condamnés.

On évoque enfin ici le Comité de Soutien qui s’est constitué pour la défense d’Edwige (jamais aucun de ses membres ne sera convié à cette émission), pour dire qu’avec Edwige Alessandri " ils rêvent aujourd’hui d’une révision ".

Le ton est donné, il faut rendre le récit haletant, juteux en rebondissements.

On commence donc par accabler Edwige Alessandri, sans se soucier de vérifier les témoignages sollicités.

Nous commencerons par citer ceux de la belle famille pétrie de haine envers Edwige, haine que l’on peut comprendre si ils pensent vraiment qu’elle a tué leur fils et frère : raison de plus pour vérifier ce qu’ils disent!

    2. D’après Loïc Alessandri, Edwige se serait rendue sur son lieu de travail, l’Intermarché de Pernes les Fontaines dès le lendemain du meurtre, à 10 heures, et lui aurait demandé de signer des papiers une demi heure plus tard !

Or les pompiers vous diront qu’Edwige était en état de choc, et que pour lui permettre de se reposer, ils lui ont administré une piqûre de Valium au petit matin. Comment dans ces conditions aurait-elle pu se présenter à l’Intermarché ?

Si les journalistes s’étaient renseigné, ils auraient su qu’Edwige n’est retournée " travailler " qu’après l’enterrement de son mari, donc plus d’une semaine plus tard. Elle se faisait conduire au magasin à l’aller comme au retour, et une fois sur place, ne faisait qu’acte de présence. Ce sont ses employés qui se sont occupés des démarches administratives. Elle était incapable de tout, même dormir dans un lit lui était insupportable :

"Je soussigné Dr JB B------, réquisitionné, certifie que Mme Alessandri Edwige, présente depuis le décès de M. Alessandri:
deuil, larmes, agitation, angoisses, en particulier angoisse majeure à l'idée de se coucher dans un lit, même en dehors de son domicile; cette idée la terrorise.
Le 20 juillet 2000"

Comme on le voit, nous sommes bien loin de l’image de la femme manipulatrice et avide de pouvoir décrite par Loïc Alessandri !

Nous passerons sous silence les ragots concernant le couple et leur " imminent " divorce : rien ne vient étayer ces thèses : au contraire, les déclarations de Loïc Alessandri au lendemain du meurtre sont très anodines à ce sujet : " Je pense que Richard aimait Edwige. Comme dans tous les couples, il y a des hauts et des bas, [...]Mon frère ne s'est pas confié à moi à ce sujet, d'ailleurs ce n'était pas son style.[...] J’ai entendu mon frère parler de divorce, mais il nous disait également qu'il l'aimait trop pour la quitter.[...]Je dois vous préciser que lorsque mon frère parlait divorce, c'était en fait des paroles en l'air. "

L’on peut simplement être surpris qu’un homme qui prépare son divorce soit dans le même temps occupé à agrandir l’affaire dans laquelle il est associé à son épouse...

Dans cette émission, beaucoup de déclarations nous sont assénées comme des vérités premières, sans pour autant qu’elles soient étayées par la réalité des faits.

3. Ainsi, le gendarme Serge Bas Guash déclare que des moulages des empreintes de chaussures ont été faits et que les chaussures trouvées plus tard chez le dénommé B--- ont été " envoyées au laboratoire pour comparaison " : il n’en est rien, le dossier ne comporte aucun rapport du laboratoire de police à ce sujet. Pure affabulation, donc. Mais qui contribue à accabler l’Accusée et à blanchir le mauvais travail des enquêteurs : " enfin l’analyse des chaussures disculpe définitivement l’adolescent. " Or, les gendarmes se sont contenté de comparer visuellement les chaussures avec le moulage ! Pur " travail " d’amateur !

D’autre part, cette piste refermée hâtivement ne cesse d’intriguer : à l’époque les enquêteurs avaient même annoncé à Edwige qu’ils pensaient avoir trouvé le meurtrier de son mari (les cartouches retrouvées à son domicile, les articles de journaux épinglés au mur, les chaussures, le fait qu’il avait été employé de l’Intermarché, cela constituait aussi un faisceau d’éléments propres à éveiller leur suspicion...

Conclusion de Mr Hondelatte : " Voilà une piste qui se referme. " Il poursuit : " Toutes les portes se referment les une après les autres, reste la piste familiale. "

Le racolage continue : " C’était une femme ambitieuse ". La Comédie Humaine n’est pas loin, les vieilles recettes ont fait leurs preuves.

" Les gendarmes sont de plus en plus intrigués par le comportement d’Edwige Alessandri " on ne dit pas en quoi consiste ce comportement, on le laisse à notre imagination.

4. " Quand trois mois après la mort de son mari, le médecin légiste donne un nouvel éclairage sur la nuit du drame, et une nouvelle porte s’ouvre ".

Ici on nous précise que les photos sur lesquelles travaille alors le Légiste, et où il s’avère que les traces de sang sur le visage de la victime impliquent que soit le corps a été bougé, soit le visage essuyé, n’étaient pas disponibles lors de l’autopsie. Soit. Il n’avait pas les photos en main. Soit. Mais, le corps, il ne l’a pas vu ? Sur quoi donc avait-il travaillé ?!!!

De surcroît, le directeur d’enquête, le capitaine Piquet interrogé sur l’intérêt de cette polémique, n’a pas su répondre (procès en appel de Nîmes) : quel intérêt aurait eu Edwige à bouger le corps ? -ou à nier qu’elle l’avait fait ? (Dans l’affolement, elle peut avoir bousculé son mari!). Mais ce n’est pas le cas, alors, comme elle ne ment pas, elle dit qu’elle ne l’a pas fait !

Toujours est-il que l’on conclut : " Bien évidemment, c’est Madame Alessandri ou Yohann ou son frère qui ont touché le corps. " Bien évidemment. - Pourquoi ? Pour quelle raison ?

5. Vient ensuite le gendarme Rolland qui reprend la vieille antienne selon laquelle Edwige n’aurait pu entendre les cambrioleurs parler. C’est encore une fois faire fi de la parole d’un expert qui fut convoqué lors du procès de Lyon et qui a démontré l’absurdité d’une telle déclaration, faisant remarquer la différence entre un bruit de crête et un bruit continu. Les soldats entendent toujours l’ordre de cesser le feu, - heureusement !

Cet expert est d’ailleurs connu des journalistes télévisuels puisqu’il est déjà intervenu dans une autre émission concernant l’affaire Alessandri, et que Mr Hondelatte lui-même n’aura pas manqué de visionner...

6. Rolland évoque ensuite le doudou, posé là pour faire croire qu’Edwige dormait près de son mari, car dit-il il ne portait pas de trace de sang. Or, il était bel et bien taché, sur sa face inférieure, qui par définition, comme la face cachée de la lune n’est pas visible sur la photo. Au procès de Lyon cela a été évoqué, et les TICs ont admis n’avoir ni saisi ni analysé cette pièce. La mère d’Edwige, en bonne ménagère l’a passée à la lessive !

7. Le substitut du Procureur à Carpentras, Lionel Mathieu dit avoir voulu savoir, en parlant de Brice (11ans lors des faits, et non 12 comme il est dit tout au long de l’émission) " comment cet enfant se trouve être avec des résidus de tir " : on a appris depuis longtemps que les résidus sur les mains de Brice n’étaient pas en quantité suffisante pour provenir d’un tir, mais qu’il s’agit simplement de pollutions diverses, qui peuvent tout aussi bien provenir du 4X4 du père de Yohann qui avait pris les enfants pour les emmener chez lui avant d’être rappelé par les gendarmes qui avaient oublié de faire les tamponnements(!).

8. Il est d’autre part amusant de constater que ceux-là mêmes qui ont procédé ou contribué à la mise en examen d’Edwige sont aussi ceux qui avanceraient des arguments en sa faveur :

Gendarme Rolland : " Madame Alessandri semble croire que nous allions lui annoncer l’arrestation du meurtrier de son époux. "

Gendarme Bas Guash à propos de Yohann, lorsque l’on vient le chercher pour le mettre en garde à vue : « OK j’arrive » Il s’étonne du calme du jeune garçon dont il dit d’autre part qu’il a 17 ans, ce qui est encore faux, car on ne peut mettre un mineur en garde à vue. Si Yohann avait eu quelque chose à se reprocher, aurait-il été aussi calme ?

Gendarme Bas Guash, répétant les propos d’Edwige : " Madame Alessandri nous dit : je vous prouverai que je dis la vérité et j’irai jusqu’au bout ". Sont-ce là les paroles d’une coupable ?

9. Autre erreur, et pas des moindres, dans la bouche de Lionel Mathieu : " Richard Alessandri avait plusieurs armes et on n’en retrouvera qu’une seule. Donc il y en a qui ont disparu." On ne saurait mieux tordre le cou à la vérité !!!

Jamais ces ragots n’ont été rapportés au cours des procès. Tout au plus, Loïc Alessandri a t’il prétendu qu’une troisième arme existait et qu’elle avait effectivement disparu. Ce mensonge a été énoncé à la fin du procès de Nîmes, sans que ces faits puissent être vérifiés. Ils l’ont été depuis et il s’avère que l’arme en question était en la possession du père de Richard, Mr Alessandri senior, et qu’elle lui avait été confisquée par la maréchaussée, car il en menaçait les voisins !!!

10. Lionel Mathieu n’est pas le dernier a nous asséner ses convictions comme des vérités tangibles, ainsi : " le flot de Yohann (lors de sa garde à vue) est gage de vérité " - Tiens, pourquoi ?!

Lorsque l’on lit la déposition de Yohann en garde à vue, l’on se rend aisément compte qu’un jeune garçon, au bout d’une longue garde à vue ne pourrait avoir un tel débit, une telle suite dans les idées. Ce style n’est pas le sien – il est très "gendarmesque" en ce qu’il répond visiblement à une suite logique de questions dont l’objet est viblement de conforter une thèse préétablie et d’éviter toute faille dans le raisonnement.

Les signatures de Yohann en début et en fin de garde à vue sont très parlantes sur l’état d’effondrement nerveux du jeune homme à la fin de celle-ci.

11. Lionel Mathieu concède avoir le souvenir d’"une femme ruisselante de larmes", ce qui était "bouleversant", conclusion : elle aurait tué Richard par accident !

Quand on demande à Lionel Mathieu quel était le mobile du crime, il évoque une soirée extrêmement violente – or, on n’en sait rien – et il oublie que le couple venait de faire l’amour !

12. Stanislas Vallat, Procureur au procès d’Avignon évoque des conclusions scientifiques expression à laquelle s’attache l’Accusation depuis onze ans, sans toutefois pouvoir apporter ces fameuses preuves dites " scientifiques ". Pour lui, pas de cagoule, ligne téléphonique intacte, donc pas d’agression extérieure, c’est aussi simple que cela ! - Comment arrache t’on les fils d’un portable ? Comment sait-il que les cambrioleurs portaient des cagoules ou non, personne ne les a vu !

L’expression "preuves scientifiques" aura surtout servi à l’Accusation pour impressionner les présumés coupables. C’est ainsi qu’Edwige concèdera : ""scientifiquement" vous avez raison mais je dis la vérité".

Bruno Huraut, journaliste à La Provence résumera la situation d’Edwige, cette femme ambitieuse et manipulatrice : " On attend une femme forte, on trouve une femme prostrée, geignarde... "

Nous laisserons le dernier mot à Edwige, lorsqu’elle évoque sa recherche sans haine et sans souci de vengeance des assassins de son mari :

"C’est ce à quoi on a droit".

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